Learnlight avance à pas de géant dans le développement de sa stratégie internationale

Learnlight œuvre chaque jour pour mettre la technologie au service de la formation. L’entreprise vient tout juste de racheter une société allemande, arenalingua. Ce rachat lui permet de renforcer son positionnement sur le marché européen tout en poursuivant un de ses objectifs clés : soutenir des entreprises internationales à la recherche de solutions pouvant être déployées à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, le groupe Learnlight est présent dans 150 pays et emploie plus de 3000 formateurs qui enseignent auprès de plus de 150 000 apprenants.

Vous vous définissez comme une entreprise EdTech. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Benjamin Joseph (B. J.) : Une entreprise EdTech utilise les nouvelles technologies afin de démocratiser l’éducation et de diffuser le savoir auprès de l’apprenant moderne, et ce, de la manière la plus efficace possible. A l’heure actuelle, les gens sont à la recherche du savoir immédiat, ils veulent pouvoir dissiper un doute de manière instantanée, ils manquent de temps et sont hyperconnectés… La vocation des entreprises EdTech est de répondre à ce besoin de l’apprenant moderne et de mettre la technologie au service de l’éducation.

Démystifier l’Apprenant Moderne

Dans quelle mesure la technologie et les nouvelles préférences en termes d’apprentissage façonnent-elles notre manière d’apprendre aujourd’hui ?

Rupert Hillier (R. H.) : Cela implique d’employer les nouvelles technologies pour augmenter, étendre et valoriser les capacités humaines de notre équipe de formateurs. Cette philosophie nous démarque de nos concurrents, car historiquement, notre secteur d’activité a toujours eu tendance à mettre l’humain de côté au profit de la technologie. Au contraire, nous croyons qu’il est essentiel de favoriser une connexion humaine entre deux personnes dès lors que se produit une transformation ou un apprentissage.

Depuis sa création, l’entreprise n’a cessé de s’agrandir. Comment s’est déroulé ce processus ?

B. J. : Nous avons toujours été une entreprise internationale. Le changement le plus notable que nous ayons opéré est d’avoir changé de mode de distribution. Nous passions auparavant par l’intermédiaire de différents partenaires dans nos pays d’implantation, et nous avons opté à présent pour un modèle de distribution directe.

Il y a de cela deux ans, nous avons intégré à notre projet un fonds d’investissement anglais

Nous avons pu mettre cela en place en élaborant notre propre réseau commercial à l’étranger puis en procédant à des acquisitions. Il y a de cela deux ans, nous avons intégré à notre projet un fonds d’investissement anglais et cela nous a permis d’acquérir des entreprises à la pointe du secteur dans différents pays. Nous avons toujours été une entreprise très tournée vers l’international, parce qu’après tout, nos clients sont des entreprises mondiales et sont à la recherche de solutions déployables à l’échelle internationale.

R. H. : L’Espagne a représenté pour nous un point de départ très intéressant. En effet, les services RH et en charge de la formation de ce pays sont très conscients de la nécessité d’aider leurs équipes et leur personnel à développer leurs compétences afin de parvenir à communiquer efficacement dans un monde globalisé.

L’Espagne a représenté pour nous un point de départ très intéressant

Cela nous a demandé de relever de nombreux défis, de tirer des leçons, de construire de nouveaux partenariats, de travailler avec des entreprises avec lesquelles nous avons grandi et appris, de faire des essais… Cela s’est avéré être une expérience intéressante et nous a aidé à nous tourner vers d’autres marchés en partant d’une base solide.

Comment intégrez-vous les cultures de ces nouvelles entreprises qui font aujourd’hui partie intégrante de Learnlight ?

B. J. : C’est toujours un défi de taille. Fort heureusement, la formation interculturelle fait justement partie de nos spécialités et nous sommes tout à fait habitués à relever les défis liés à la nécessité de travailler avec d’autres cultures.

Nous travaillions d’ores et déjà avec les entreprises que nous avons acquises

Nous avons eu de la chance, car nous travaillions d’ores et déjà avec les entreprises que nous avons acquises, nous pouvions déjà compter sur une relation basée sur la confiance et la transparence. C’est sur la base d’une telle relation que nous allons pouvoir construire un socle commun et forger notre futur.

R. H. : Nous insistons beaucoup sur les valeurs et la culture, car nous cherchons à faciliter la compatibilité entre les personnes, qui est selon nous la condition sine qua non pour qu’une fusion ou une acquisition fonctionne. Notre entreprise repose sur trois valeurs clés : l’enthousiasme, la capacité à voir l’opportunité là où d’autres verraient un problème ; le sens de l’initiative, la capacité à se montrer proactif ; et l’implication, tant dans les bons que dans les moins bons moments. Et ces valeurs sont précisément celles que nous cherchons à retrouver au sein des entreprises que nous souhaitons acquérir.

Comment l’acquisition d’Arenalingua influe-t-elle sur vos objectifs internationaux ?

B. J. : arenalingua est une entreprise leader sur le marché allemand de la formation linguistique. Cette opération est soutenue par Beech Tree Private Equity ainsi que par notre direction et représente une étape supplémentaire dans le développement de notre expansion à l’international, déjà bien avancée grâce à la fusion de Learnlight avec Ispeakuspeak et Training Express, puis via l’acquisition de Communicaid.

arenalingua propose des cours d’anglais subventionnés par le gouvernement allemand à destination des salariés, au format blended. La société propose également des cours d’allemand spécialisés pour les professionnels, en lien avec plusieurs secteurs d’activités comme la médecine, la santé ou l’ingénierie, et des cours d’allemand pour les expatriés qualifiés.

R. H. : Ce sera pour nous la plateforme idéale pour continuer à travailler avec les grandes entreprises allemandes en vue de les accompagner dans leur transformation digitale. Le marché allemand se trouve être de plus en plus réceptif et intéressé par la formation digitale et virtuelle, c’est pourquoi cette opération est aujourd’hui un véritable succès.

Grâce à elle, notre présence est désormais renforcée en Europe et nous disposons aujourd’hui de locaux à Londres, Paris, Bruxelles, Francfort, Stuttgart, Munich, ainsi qu’en Espagne (Barcelone, Bilbao et Madrid). Nous pouvons aussi compter sur des réseaux commerciaux performants en Italie et aux Etats-Unis. Nos futures acquisitions seront vraisemblablement centrées sur les Etats-Unis dans un premier temps, et potentiellement en Asie dans un second temps.

Notre présence est désormais renforcée en Europe et nous disposons aujourd’hui de locaux à Londres, Paris, Bruxelles, Francfort, Stuttgart, Munich, ainsi qu’en Espagne (Barcelone, Bilbao et Madrid)

Comment considérez-vous le marché espagnol de la formation en entreprise ? Comment le groupe Learnlight peut-il se démarquer ?

B. J. : Il est évident qu’il existe de grandes disparités. On peut constater chez certaines entreprises un énorme fossé entre les objectifs qu’elles se donnent et les moyens mis en place pour les atteindre. Toutefois, un grand nombre d’organisations comprend l’importance stratégique d’investir dans le développement des compétences de leurs employés.

Démystifier l’Apprenant Moderne

Dans quelle mesure la technologie et les nouvelles préférences en termes d’apprentissage façonnent-elles notre manière d’apprendre aujourd’hui ?

Ces entreprises comprennent que le monde est en train de changer et que le professionnel d’aujourd’hui ne travaille plus comme travaillait celui du début des années 2000, et qu’il n’apprend pas non plus de la même manière. Son profil continue d’évoluer et les organisations se doivent de changer leurs manières de faire afin d’accompagner ce changement.

R. H. : Curieusement, l’Espagne est en avance par rapport à d’autres marchés vis-à-vis de l’acceptation des nouvelles technologies dans le cadre de la formation en entreprise. A l’heure actuelle, le Blended et le virtuel ont le vent en poupe, ce qui à mon sens est essentiel, et l’on prête beaucoup d’attention à la qualité.

Quel est le principal défi rencontré par la formation professionnelle aujourd’hui ?

B. J. : Le grand défi que rencontre la formation à l’heure actuelle porte sur l’engagement, c’est-à-dire que, quand vous avez affaire à une personne qui consulte son téléphone en moyenne 200 fois par heure, qui a 300 dossiers à traiter en urgence et qu’en plus, vous lui demandez de suivre une formation, il se pose le problème de l’engagement.

Le grand défi que rencontre la formation à l’heure actuelle porte sur l’engagement

De notre côté, nous nous focalisons sur la question suivante : comment faire en sorte que l’apprenant utilise réellement les outils qui sont à sa disposition ? Parce que l’on peut disposer d’outils incroyables, si les gens ne les utilisent pas, à quoi peuvent-ils bien servir ? Et pour atteindre cet objectif, il est essentiel de se concentrer sur la qualité de l’enseignement des formateurs qui se cachent derrière les outils en question.

Nous utilisons la technologie pour valoriser le formateur et non pour le remplacer. Notre but est de permettre à ceux qui veulent apprendre d’entrer en connexion avec ceux qui veulent enseigner et leur fournir tous les outils nécessaires pour les mener vers le succès dans le cadre d’un environnement où la technologie est très présente.

Et comment peut-on développer cet engagement ?

R. H. : De nos jours, l’apprenant a à sa disposition de nombreuses solutions de formation. Il nous faut bien comprendre que nous devons proposer une expérience capable de rivaliser avec ces dernières.

Le plus important, c’est la relation qui se construit entre le formateur et l’apprenant

Il nous faut proposer une approche stimulante, pertinente, intéressante, pouvant être mise en application immédiatement au travail, procurant un sentiment de satisfaction…

C’est pourquoi nous proposons des environnements diversifiés au sein desquels il est possible d’apprendre différemment, sachant que la variété est un élément essentiel. Mais finalement, on se rend compte que le plus important, c’est la relation qui se construit entre le formateur et l’apprenant. Et notre technologie s’attache à connecter des personnes qui finissent par développer une relation forte, résultant de six, neuf ou douze mois de travail en commun.

Vous mettez particulièrement l’accent sur le rôle joué par vos formateurs et estimez qu’ils constituent un élément clé dans la maximisation de l’engagement des apprenants. Quel est le profil de ces formateurs ?

B. J. : Il y aurait beaucoup de choses à dire parce que nous employons plusieurs milliers de formateurs. En ce qui concerne les formateurs en langues, nous recherchons évidemment certains critères clés : que ce soit leur langue maternelle, qu’ils soient certifiés, qu’ils aient de l’expérience ainsi qu’une certaine connaissance du monde des affaires.

Démystifier l’Apprenant Moderne

Dans quelle mesure la technologie et les nouvelles préférences en termes d’apprentissage façonnent-elles notre manière d’apprendre aujourd’hui ?

Mais nous sommes avant tout à la recherche de personnes positives, avec de très bonnes compétences en communication, qui sachent rendre l’apprentissage plaisant et optimiser l’engagement de l’apprenant.

Comment vos formateurs sont-ils sélectionnés et préparés en vue de leur faire jouer un rôle décisif dans l’implication et l’engagement de l’apprenant au cours de sa formation ?

R. H. : Cela se fait en plusieurs étapes. Tout d’abord, nous ne recrutons que les meilleurs formateurs, sachant que nous avons la chance de pouvoir entrer en contact aves des formateurs virtuels dans n’importe quelle zone géographique du monde. Nous recevons des milliers de candidatures chaque année, et c’est ce qui nous permet de ne recruter que les meilleurs.

La seconde étape est de leur faire suivre une formation sur notre plateforme et ils doivent passer à l’issue de cette formation un examen pour recevoir une certification assurant qu’ils maîtrisent notre méthodologie. La dernière étape est la formation continue. Notre système permet aux apprenants d’évaluer leurs formateurs selon de nombreux critères. Nous pouvons donc mesurer de façon relativement précise leurs points forts et leur marge de progression, et nous les aidons à s’améliorer et à combler certaines lacunes.

Vous avez mentionné que votre méthodologie reposait sur le principe de la classe inversée (« flipped classroom »). Quel est son fonctionnement ?

B. J. : Traditionnellement, les personnes intégraient de nouvelles connaissances dans la salle de cours et mettaient en application lesdites connaissances une fois sorties de la salle de classe. Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, les gens peuvent acquérir des connaissances en dehors du cours et les mettre en application pendant la session.

Ceci correspond à notre philosophie qui consiste à tirer le meilleur parti possible de la technologie tout en bénéficiant au mieux de l’expertise du formateur. Ainsi, quand il se trouve en présence du formateur, l’apprenant ne perd pas son temps à réaliser des exercices de compréhension orale, à remplir des textes à trous ou à faire des exercices de grammaire.

Parce qu’il l’a déjà fait sur son téléphone par le biais d’exercices au format vidéo, interactifs, et a déjà appris le vocabulaire dont il avait besoin grâce à des moteurs de recherche utilisant la technologie de l’Intelligence Artificielle… Le temps passé avec le formateur est consacré à l’optimisation de l’aisance orale, de la compréhension, à l’amélioration de ses capacités à mener une conversation, à la dissipation de certains doutes, à la communication…

Votre modèle d’apprentissage vous a amenés à devenir le partenaire stratégique de grandes entreprises internationales. Quel est votre secret ? Comment parvenez-vous à faire la différence ?

B. J. : Nous sommes en effet devenus le partenaire privilégié de nombreuses grandes entreprises, dont plus de la moitié fait partie de l’Ibex 35.

Notre entreprise repose sur trois valeurs clés : l’enthousiasme, la capacité à voir l’opportunité là où d’autres verraient un problème ; le sens de l’initiative, la capacité à se montrer proactif ; et l’implication, tant dans les bons que dans les moins bons moments. 

Je pense que ce qui nous différencie des autres fournisseurs, c’est que nous pouvons accompagner les entreprises dans leur transformation digitale, qui est un processus sur le long terme.

Nous pouvons par exemple amener une entreprise qui fait toutes ses formations en présentiel à remplacer dans un premier temps les livres par des tablettes. Et une fois par mois, ils commencent à réaliser des sessions virtuelles en visioconférence avec un formateur, pour s’accoutumer peu à peu à cette méthodologie. Au bout d’un an ou deux maximum, toutes leurs formations se déroulent dans des environnements virtuels.

Le succès de certains de vos projets en Espagne vous ont amenés à « exporter » l’expérience d’apprentissage que vous proposez depuis la filiale vers la maison mère, comme l’illustre le cas de Siemens. Qu’est-ce que cela signifie pour Learnlight ?

R. H. : C’est une belle marque de confiance vis-à-vis de notre savoir-faire et de nos services. Nous avons plusieurs exemples d’entreprises avec lesquelles nous avons pu développer un partenariat au fil des ans jusqu’à leur proposer nos services à l’échelle mondiale.

B. J. : Dans le cas de Siemens, le processus a été progressif. Nous avons commencé à opérer sur le marché espagnol et aujourd’hui, nous sommes devenus les fournisseurs officiels de l’entreprise à l’échelle internationale. Cela a représenté un long voyage au cours duquel nous avons beaucoup appris les uns des autres, parce que Siemens est une entreprise leader en matière de formation et est très exigeante. Nous avons grandi ensemble et avons coconstruit un projet à l’échelle internationale dans le cadre duquel nous animons des formations aux quatre coins du monde.

Vous disposez d’un service R&D au sein duquel vous développez de nouveaux projets. Lesquels souhaiteriez-vous mettre en avant ?

R. H. : Notre service R&D se concentre sur deux objectifs principaux. Le premier est plus tourné vers l’extérieur, étant donné qu’il se concentre sur le futur de la formation, l’expérience de l’apprenant et les évolutions sous-tendues par la quatrième révolution industrielle.

Tous ces paramètres nous amènent à mener des recherches sur l’IA au sens large, sur la réalité virtuelle, sur la réalité augmentée etc. Ce sont toutes des tendances qui représentent pour nous une multitude d’opportunités d’avancer dans notre processus de personnalisation de la formation et d’optimisation du processus d’apprentissage.

Notre second objectif concerne l’automatisation de nos procédures en interne. Nous souhaitons fournir à nos équipes des outils pour leur permettre de faire plus avec moins, tout en étant à la recherche de synergies et d’une meilleure efficacité, ce qui est essentiel pour nous compte tenu de notre croissance.

Vous faites partie de l’entreprise depuis sa création. Les attentes que vous aviez à son égard ont-elles été comblées ?

R. H. : Je ferais un distinguo entre les rêves et les attentes. Pour ce qui est des attentes, nous avons largement dépassé ce à quoi nous nous attendions. Mais nous sommes ambitieux et nous avons des rêves à la hauteur de nos ambitions. Nous pensons que ce secteur regorge d’opportunités. Nous voulons contribuer à l’amélioration de l’expérience et de la satisfaction de tous ceux qui souhaitent se lancer dans un apprentissage.

Interview réalisée par le magazine Equipos&Talento.