A la même période l’an dernier, Learnlight s’était risqué à faire quelques prédictions au sujet de ce que seraient les grandes tendances 2018 de la mobilité internationale. Nous avions alors annoncé que la protection des données, la diversité et le développement des talents seraient les trois grands thèmes de l’année. Et nous ne nous étions pas trompés. S’intéresser aux tendances revient plus ou moins à se livrer au jeu des devinettes – et pourtant, il semblerait bien que les tendances de la mobilité internationale aient été conformes à ce que nous avions anticipé. Dès lors, quelles étaient les tendances qui ont bouleversé l’année 2018 en matière de mobilité internationale, et que pouvons-nous prédire pour l’année 2019 ?

Diversité : stop aux discussions, passez à l’action !

L’industrie du divertissement est loin d’être la seule à avoir été touchée par le mouvement #MeToo. Ce courant a eu un impact important sur de nombreuses organisations. C’est pourquoi la diversité a sous-tendu bon nombre de décisions stratégiques au sein de nombreuses entreprises en 2018.

Les services de Diversité et d’Inclusion ne sont désormais plus considérés comme un « mal nécessaire ». Les politiques en vigueur ont été minutieusement examinées et révisées, et de nombreuses entreprises ont constaté qu’elles ne pouvaient plus se contenter de paroles en l’air face à une telle polémique. Elles ont donc été contraintes de mettre en œuvre des mesures visant non seulement à améliorer leurs statistiques en termes de diversité, mais également à prouver via des mesures concrètes leur volonté de devenir plus inclusives.

Protection des données

Personne n’aurait pu prédire en novembre 2017 l’ampleur qu’allait prendre le scandale Cambridge Analytica provoqué par Facebook. Au niveau des organisations, les règlementations européennes aujourd’hui connues sous le nom de RGDP ont révolutionné l’utilisation des données personnelles par les entreprises.

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Soutien international aux expatriés

Dans le cadre de la Mobilité Internationale, il est devenu nécessaire de changer notre manière de partager les informations relatives aux employés envoyés travailler à l’étranger. De même, nous ne pouvons plus transférer ces données à l’international ni garantir leur protection comme nous le faisions auparavant.

La mise en application de la RGPD ne permet pas encore de faire face à toutes les menaces cachées. Toutefois, le groupe hôtelier Marriott a subi la perte de 500 millions de dossiers clients et a tenté de minimiser l’impact d’éventuels jugements futurs en offrant un abonnement gratuit à un service de protection contre la fraude.

La course aux talents

Enfin, le développement des talents. En 2017, nous commencions tout juste à entendre parler de pénurie de compétences, problématique qui est devenue de plus en plus omniprésente en 2018. La nature du travail est en train de changer. Il en est de même pour les compétences et les équipes de recrutement ont de plus en plus de mal à trouver des talents agiles et flexibles, capables de relever les défis posés par l’entreprise moderne.

Dans certaines organisations, les services de mobilité internationale ont ouvert moins de postes à l’étranger pour la simple et bonne raison qu’il leur était impossible de trouver le candidat adéquat. 

La nature du travail est en train de changer. Il en est de même pour les compétences et les équipes de recrutement ont de plus en plus de mal à trouver des talents agiles et flexibles, capables de relever les défis posés par l’entreprise moderne.

Tendances 2019 de la mobilité internationale

Sera-t-il aussi facile de prédire les tendances de la mobilité internationale en 2019 ?

Pour tous les professionnels qui se déplacent, la plus grande inconnue à ce jour reste le Brexit, et ce, quelle que soit leur destination ou leur pays d’origine. Il s’avère peu pertinent d’essayer de prédire l’impact de cet événement sur la mobilité internationale. S’il y a bien une déduction à faire suite à ce que l’on a pu observer en 2018, c’est que toute personne qui affirme savoir quelles seront les retombées du Brexit se berce d’illusions.

L’émergence de l’expérience employé

Les grandes tendances 2019 de la mobilité internationale, loin d’être spectaculaires, devraient normalement émerger avec subtilité. Les chercheurs américains du groupe Forrester considèrent que 2018 était l’année des changements de culture organisationnelle – changements qui n’ont pas toujours été une réussite.

Ils affirment qu’en 2019, la suite logique de cette tendance est de voir les entreprises se concentrer de plus en plus sur l’expérience employé (Ex). Un taux d’attrition élevé et un taux de chômage en baisse font qu’il devient de plus en plus essentiel pour les entreprises de savoir attirer et retenir les meilleurs talents.

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Comment développer une stratégie solide pour attirer et retenir les talents ?

L’expérience à l’international constitue historiquement un élément différenciant clé, permettant d’identifier les meilleurs talents. En 2019, les tendances de la mobilité internationale expérimenteront certainement un changement de perspective, dans la mesure où l’argument de l’expérience à l’étranger sera utilisé au contraire pour attirer les talents. Un tel argument sera d’autant plus pertinent pour les actifs de la génération Y, qui se considèrent d’ores et déjà comme des « Citoyens du Monde ».

Selon Forbes, le statut social ne s’exprime plus aujourd’hui à travers une maison ou une voiture, mais à travers les voyages. Si l’on en croit Tara Cappel de la société For the love of travel, « Louis Vuitton, c’est surfait. La nouvelle tendance, c’est le Vietnam. »

Voyagez moins longtemps mais plus souvent

Les entreprises qui donnent l’opportunité à leurs employés de voyager seront plus susceptibles de retenir les talents de la génération Y, car ils proposeront une meilleure expérience employé. Par conséquent, les postes à l’international seront de plus en plus considérés comme essentiels et non comme un luxe superflu. Les avancées réalisées dans le domaine de la communication à distance réduisent la nécessité d’être constamment présent physiquement dans un même lieu. Ainsi, les fonctions de chacun peuvent rester en tout point identiques à ce qu’elles sont, même si le « bureau » se situe dans un autre pays.

Il est probable que les affectations d’une durée plus courte, allant de 4 à 6 semaines, deviendront de plus en plus communes à l’avenir.

Vous pouvez ainsi proposer au talent que vous souhaitez recruter d’enchaîner de courts séjours à l’étranger pour gagner de l’expérience, plutôt que de passer trois ans dans un seul et même pays.

L’Expatrié Moderne

Un tel changement reflète les évolutions constatées dans le domaine de l’apprentissage. Josh Bersin de la société Deloitte a donné une définition claire de l’Apprenant Moderne. L’Expatrié Moderne présente un profil très similaire :

  • Facilement distrait
  • En recherche de nouvelles expériences et avide de nouvelles connaissances
  • Extrêmement mobile
  • Indépendant
  • Très travailleur

L’Expatrié Moderne veut découvrir de nombreux pays, mais pas en tant qu’étranger. Il cherche à s’immerger dans la culture afin de vivre une expérience authentique. Cela implique de maîtriser autant que possible la langue du pays d’accueil, d’adopter la culture locale (plutôt que de s’y adapter) et de se rendre ensuite en toute fluidité dans le pays suivant.

L’Expatrié Moderne recherche une certaine forme de légèreté et se montrera allergique aux approches traditionnelles de la mobilité internationale, bien plus bureaucratiques et adeptes des formulaires et des réunions à répétition.

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Soutien international aux expatriés

Un nomade surmené et sous pression

Tout doit être accessible en ligne 24/7 : missions en libre-service, politiques, modalités de déplacement. Les actifs de la génération Y s’engagent beaucoup plus tardivement dans des relations sérieuses et mettent plus de temps à fonder une famille. Ils profitent donc d’être célibataires pour voyager comme bon leur semble. Ce style de vie les laisse libres de partir pour une mission de dernière minute si nécessaire, quitte à emmener leur vie sociale dans leurs valises.

Ce désir de voyager s’accompagne généralement d’une forte envie d’apprendre – d’accumuler les connaissances et les compétences interculturelles.

Non pas dans un format traditionnel, mais via des canaux flexibles, numériques et virtuels. L’apprentissage social et informel, qui a lieu en dehors de la salle de formation, est non seulement le mode d’apprentissage le plus efficace, mais également celui qui convient le mieux à ces profils naturellement curieux, avides de voyages et de découvertes.

Des politiques de plus en plus inclusives

Cet essor de l’Expatrié Moderne est susceptible d’avoir une conséquence relativement imprévue : celle de remédier avec efficacité aux inégalités de genre et d’origine que l’on constate lorsque l’on consulte les statistiques relatives aux missions à l’international. A mesure que la course aux talents s’intensifiera, un certain nombre de préjugés inconscients seront dissipés par la dimension pratique de la recherche de talents.

La parité a toujours été plus équilibrée (pas strictement égale, mais mieux respectée) parmi les plus jeunes générations d’employés. Plus les individus sont jeunes, plus les représentants de groupes habituellement considérés comme des minorités sont expérimentés, qualifiés, y compris sur le plan international, et présentent des profils internes et externes à fort potentiel.

Mobilité internationale : quel rôle pour les robots ?

Les tendances 2019 de la mobilité internationale vont également mettre à l’honneur l’utilisation de l’IA et l’automatisation de la gestion des affectations.

L’automatisation peut rendre certaines fonctions complètement superflues, toutefois, ce phénomène n’aura pas un impact significatif sur ces postes au cours des douze prochains mois.

Les principaux défis concernent les systèmes et les plateformes utilisés par les employés pour organiser et gérer les différents aspects de leur mission.

Que la gestion des affectations soit prise en charge par une équipe de mobilité internationale ou qu’elle soit en accès libre, il est indéniable que l’IA et l’automatisation auront des conséquences sur la manière dont sont organisés ces déplacements.

Cela signifie que les employés concernés crouleront sous les identifiants et les mots de passe. Un des principaux défis de 2019 sera donc de permettre à tous les systèmes utilisés par les différents acteurs de la mobilité de communiquer, sans pour autant violer les clauses de la RGPD (protection des données).

Il serait par exemple inutile d’avoir deux mots de passe différents pour accéder à une formation en langue et à une formation interculturelle. De même, des identifiants différents pour avoir accès au service de l’immigration d’une part, et à un conseiller fiscal d’autre part constituerait un frein, tant pour les professionnels de la mobilité internationale que pour les employés.

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Comment développer une stratégie solide pour attirer et retenir les talents ?

Et le Brexit dans tout ça ?

Bien que nous ayons promis de ne pas aborder la question du Brexit, cet événement est susceptible d’initier des changements fondamentaux dans le domaine de la mobilité internationale en 2019. Même si au Royaume-Uni beaucoup considèrent qu’un s’agit d’une problématique locale, les conséquences du Brexit seront multiples.

Cet événement peut potentiellement entraîner la délocalisation des grands centres financiers et économiques européens – la France, l’Espagne et l’Italie sont en concurrence pour créer un marché prêt à accueillir les grandes institutions financières. Les industriels asiatiques tendent à remettre en cause leur implantation sur le territoire britannique. Les co-entreprises transeuropéennes réévaluent en ce moment même leur compétitivité.

A mesure que les entreprises repensent leur lieux et marchés d’implantation, elles se posent également la question de leur capital humain : plutôt que de délocaliser leurs effectifs, ne serait-il pas plus pertinent d’opter pour une solution virtuelle ?

Est-il possible de former localement plutôt que d’envoyer un employé travailler à l’international ? Les réponses à ces questions dépendront des conséquences du Brexit sur la mobilité internationale, conséquences qui s’étendront bien au-delà des frontières du RU et de l’UE.

Quelles conséquences sur les affaires à l’international ?

Impossible de répondre à cette question tant que l’accord final ne sera pas adopté et que nous ne connaîtrons pas les détails de cette transition. Cependant, et tandis que nous attendons ce dénouement avec impatience, une des conséquences probables du Brexit est que 2019 s’annonce comme l’année de la consolidation et du conservatisme. 

Etant basés à Londres, le Brexit reste pour nous le sujet du moment. Néanmoins, le déclin d’Angela Merkel en Allemagne, l’impact des décisions de Trump aux Etats-Unis, l’influence de Poutine en Ukraine et en Asie Centrale, la croissance continue de la Chine et l’influence de l’Inde sur la Realpolitik – chacun de ces phénomènes peut potentiellement changer la donne. Ensemble, ils tendent à recréer les conditions propres à un environnement VUCA (volatile, incertain, complexe et ambigu), caractéristique de ces dix dernières années.

2019, c’est aussi l’année du cochon en Chine – une année caractérisée par la paresse, la maladresse et la lenteur. Mais elle est aussi souvent associée à la prospérité et à la paix. Espérons donc que le cochon nous aidera à remédier à la volatilité de 2018. Nous verrons bien à mesure que nous avancerons dans l’année si nos tendances 2019 de la mobilité internationale étaient justes ou non.